06 janvier 2007

Black Jack - Hi no Tori Hen (DS)

Bon, l’heure est grave : le jeu est sorti depuis maintenant deux mois et je constate que l’indifférence générale reste totale. Pour tout dire, j’espérais secrètement que le bouche-à-oreille se fasse naturellement par l’intermédiaire des forums, lieux d’influence voire de dépendance, histoire de m’éviter d'avoir à écrire quelque chose dessus. Mais non, rien, nada, walou, il faut se rendre à la triste évidence : Black Jack - Hi no Tori Hen, tout le monde s’en fout.
Trop c’est trop, je me décide donc à faire sortir ce blog des limbes afin de faire éclater la vérité auprès des… hmm… de mon visiteur hebdomadaire.

Distribué par Sega mais développé par Genki que l’on connaissait davantage pour leurs simulateurs de jacky et de Musashi, ce Black Jack est en effet bel et bien la réussite que tous les fans de Tezuka espéraient sans trop oser y croire. Je sais, je casse derechef le suspens, mais il faut me comprendre : la joie est grande, et elle l’est encore davantage lorsque le résultat se permet de dépasser haut la main toutes les espérances.
Concrètement, il s’agit d’une succession d’opérations chirurgicales offrant un gameplay typé Ouendan (comprendre : avec des pastilles à checker rapidement, sauf qu'ici chaque type de pastille représente un instrument de chirurgie), le tout étant enrobé dans un coulis scénaristique qui fera la joie des petits et des grands.
Sur le billard, pendant que le joueur s’active avec son stylet, l’opération se déroule en tâche de fond sous forme de bande dessinée, avec les bulles et dialogues associés. Bon point : le jeu s’autorise des pauses entre les salves de pastilles, ce qui permet de suivre, et l’histoire, et l'action.
Deuxième bon point : chaque opération se termine par une épreuve originale variant en fonction de la pathologie du patient et qui, sans en dire trop, rappellera parfois davantage Caduceus que Ouendan.
Au terme de chaque opération, on récupère évidemment une note (de S à C, sachant que la notation est très exigeante) ainsi qu’une somme rondelette permettant de s’acheter des items pour faciliter les opérations suivantes, des musiques pour le sound-test, ou encore des illustrations pour égayer sa maison, là-haut sur la colline. Rien à redire, la mécanique est claire, nette et précise, et tout simplement parfaite.

Chacune des 30+ missions (compter environ sept heures pour finir l’aventure, ce qui est très respectable pour un titre de ce genre) dispose de son mini-scénario, parfois inédit, parfois directement repris d’un cas déjà vu dans l’œuvre originale. En guise de liant entre cette multitude de petites histoires, on trouve en toile de fond un script qui ne cesse de prendre de l’ampleur au fur et à mesure que l’on progresse, avec complots, passés troubles, empoisonnements et mythe de l’Oiseau de Feu.
Avec bonheur, on se rend donc compte que ce qui n’était au début qu’une simple succession d’opérations se transforme au fil des heures en un véritable digico, un « Manga Adventure » comme ils disent, avec en particulier cet audacieux scénario que l’on n’espérait pas aussi ramifié et intense.
Le tout est évidemment imprégné à 4000% de l’univers de l’auteur : on croyait avoir tout vu avec le Astro GBA qui, dans le genre tribute, se posait là (cette pirouette finale, quel génie !). Et bien on avait tout faux à la vision de ce Black Jack, véritable All Star Game tezukesque complètement fou, se permettant des apparitions que l’on n’aurait jamais imaginé possible, ne serait-ce que pour des questions de chronologie. Voir le médecin marron sur nos petits écrans DS qui nous tisse le lien entre la Monmô et *a****e, ça vaut plus que de l’or pour le fan

A côté de cette puissance affective de tous les instants, l’autre bonne nouvelle c’est que le jeu en lui-même n’a pas oublié d’être bon. Les mecs de Genki ont même complètement craqué leur slip tellement il débordait de bonnes idées, comme ce moment génial dans le scénario de Magma Taishi, où les indications à l’écran tremblent suite à une éruption volcanique, puis s’effacent à cause du nuage de fumée émanant du cratère.
Dans le même genre des détails qui font plaisir : lorsque le joueur rate une manipulation, les bulles de la BD retranscrivent la bévue. C’est tout bête, mais ils l’ont fait.
Et techniquement, tout est au diapason : direction visuelle forcément grandiose lorsque l’on part d’une telle souche, musiques réussies et surtout incroyablement nombreuses, et en cerise sur le gateau des voix digitalisées pour les dialogues importants.

Evidemment, pour profiter de toute la substance de ce titre, il vaudra mieux être un fan de Tezuka, sans quoi il perd facilement 50% de son intérêt (encore plus si vous ne lisez pas le Japonais) et, dans ce cas là, autant rester tranquillement sur Ouendan.
Mais pour les autres, il ne fait pas l’ombre d’un doute : merveilleux, incroyable, fantastique, Black Jack - Hi no Tori Hen est bien le jeu de l’année 2006, et même tout simplement le meilleur jeu original ayant jamais atterri sur Nintendo DS.
Et shj’est Pinoko qui le dijlt.